martes, 9 de mayo de 2017

L'éclatement du monde

Le soleil brille et l'air est frais pour un mois de mai. La Mer scintille sous le ciel sombre. Le pays est en suspens entre deux tours électoraux. Les gens n'en peuvent plus. On vit le plus grand hold up électoral de la Vème république. Blasés, anxieux avec l'urgence au bide de virer Le Pen. On est fait comme des rats...

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Le soleil se couche sur l'Almanarre et c'est sublime comme toujours. RTBF a donné les résultats avant le ministère de l'Intérieur. Macron est à plus de 62%. On se réjouit de qui perd, pas de qui gagne. Le ciel inonde la Méditerranée. Ca décoiffe.


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On prend la route des coquelicots jusqu'à nos amis de Longo Mai. John Gibler et Annette nous attendent. On était à la présentation du livre de John à Marseille "Rendez les nous vivants". Il est rentré à la Casa Colorada, magnifique. Les collègues étaient là, la table était belle, on a ramené du vin... terriblement mauvais. J'ai été ivre tout l'après midi. Replongée dans l'horreur de la nuit du 26 septembre 2014 à Iguala, assommée. Et en même temps, baignée des énergies révolutionnaires du Manifesten. L'autogestion et la camaraderie à la veille d'une élection présidentielle aussi pourrie, m'a sauvé le coeur et l'esprit. Les gens étaient beaux, chaleureux. On se serrent les coudes un peu malgré nous. A la fin, je vois des anarchistes danse sur "I'm a barbie girl" et je fais tout pour ne pas perdre cette vision de vue.

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Longo Mai

Annette m'a expliqué vaguement comment arriver à la communauté autogérée. Evidemment elle n'a pas de réseau. On s'arrête dans le village voisin, je suis pied nus sur la caillasse, radio Zinzine à fond, la peau léchée par la mer, les cheveux lavés de sel. Le monsieur nous indique très bien: "Après le pont à gauche, au moulin à droite, il faut monter dans la montagne". On monte, la bagnole a du mal. Une meuf près d'un véhicule. Luna, la reine du potager nous accompagne. Le soleil est d'or. Annette fait des lentilles corail. Y'a des hamacs, un amphi, la bâtisse est merveilleuse. Les gens arrivent. Cédric, Yohann! On se connait! La soirée est fabuleuse, les gens sont tous des copains qu'on ne connaissaient pas encore. Les conversations sont pointues, riches et chaleureuses. On regarde ensemble le monde qui s'écroule. Et bizarrement, nous sommes plus forts. Les masques ne tiennent plus, la joie terrasse les inquiétudes. Le vin coule sur les tables à foison. John me sert encore. Il est ivre, moi aussi. Denise a son chapeau de Baja Calfornia. Lourdes rêve avec moi des jardins potagers sur les friches du Carrefour de Madrid. On a vu les fleurs pousser sur la "crise". On a vu la même chose.

J'ai passé des années à vivre seule la violence du système. Du moins nous étions seul.es, isolés, dans le froid, la faim et l'amitié. Et cette nuit, je suis ivre de joie de voir qu'on est là. Qu'on est plein. Et qu'on peut effectivement dire comme Benjamin Fondane que: "Le monde est fini, le voyage commence".


Marseille, la Plaine

Lien du livre de John Gibler sur le site des Collectifs des métiers de l'édition à Toulouse :http://editionscmde.org/livre/rendez-les-nous-vivants

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