martes, 16 de mayo de 2017

Lo peor seria dejar de apedrear estrellas”1

Me acuerdo que millones de franceses interrumpimos nuestras vidas un instante, el soplo cortado, cuando aprendimos que periodistas habían sido impactos por balas de hombres armados de cuernas de chivo en pleno día de cualquier día de Paris. Nuestra burbuja de confort estallo, quebradisima. Se puede morir para defender sus ideas.

Javier Valdez murió ayer en Mexico, en Culiacán, Sinaloa. Doce balas disparadas desde dos pistolas le quitaron la vida. Lo mataron a mediodía, iba saliendo de su trabajo en el periódico RioDoce. No lo conocía. Pero formaba parte de Periodistas de pie, colectivo de escritores periodistas de México. Son periodistas de terreno, pasan meses viviendo en escenas de crímenes, acompañando familiares de personas levantadas, torturadas y desaparecidas. Viven y trabajan al contacto permanente de todas las asociaciones y ONGs de barrios, pueblos, comunidades y ciudades de la sociedad civil mexicana en lucha. Luchan para encontrar a sus muertos y desaparecidos, poder hacer sus duelos y descubrir la verdad. Luchan por sus tierras, para no dejar a las multinacionales, el hambre y la guerra del NarcoEstado con Estados Unidos carcomer sus comunidades. Son mamas que caminan -lo llaman caravanas- en búsqueda de sus hijos que también se fueron a pie hacia el Norte. Son campesinos acosados por el ejército y los paramilitares de todos los gobiernos. Son golpeados, torturados, violados, expropiados de sus tierras, sus lenguas, sus raíces, sus familias y sus pueblos.

En México, la comunidad es la vida. La verdadera vida. Donde se construye, donde uno existe, donde uno se defiende, donde se trabaja, donde se resiste, donde se ama. Un mexicano puede vivir a miles de kilómetros de su comunidad, no la deja nunca. Puede ser de sangre, de corazón, cultural o espiritual y a veces todo. Javier Valdez era de la comunidad de los poetas en búsqueda de verdad, defensor de la dignidad, la comunidad la mas tenaz y chiflada del planeta que sigue viviendo en el corazón del Infierno que intentan destruir. En medio de sus sueños de justicia y amor. Porque no pueden hacer otra cosa. Porque son Resistentes.

« !No al Silencio ! » grito el poeta antes de morir

Homenajeamos a la gente que arriesga su vida por amor a la vida misma, para que el Otro deje de ser extranjero a si mismo y que mañana sea posible.





1Frase de Javier Valdez: "Lo peor seria que nos prohiban sonar, tener ilusiones, querer ser mejor, anhelar justicia y paz y mantener la dignidad. Lo peor seria dejar de apedrear estrellas. No lo,podemos permitir.  No importa que no tumbemos ninguna."

Le pire serait arrêter de viser les étoiles (1)

Je me souviens que des millions de français ont interrompu leur vie un instant, le souffle coupé lorsqu'ils ont appris que des journalistes avaient été impactés par les balles d'hommes lourdement armés à la lumière d'un jour comme un autre, dans Paris. Notre bulle de confort s'est étiolée, brisée. On pouvait être tué pour faire un travail d'information et d'enquête. On pouvait mourir pour défendre ses idées.

Javier Valdez est mort hier au Mexique, à Culiacan dans le Sinaloa. Il a reçu 12 balles de deux pistolets à midi, alors qu'il quittait son bureau du journal RioDoce. Je ne le connaissais pas. Mais il faisait parti de Periodistas de pie, ce collectif d'écrivains journalistes de terrain, qui passent des mois avec les proches de victimes enlevées, torturées, portées disparues ; au contact permanent avec toutes les associations et ONG de quartiers, de villages, de villes de la société civile en lutte mexicaine. Ils luttent pour retrouver leurs morts et leurs disparus, pour pouvoir faire leur deuil et découvrir la vérité. Ils luttent pour garder leurs terres, ne pas se laisser disloquer la comunidad sous les coups des multinationales, de la faim et de la guerre du Narcoétat mexicain avec les Etats Unis d'Amériques. Ce sont des mamans qui partent à pied -elles appellent ça les caravanes- à la recherche de leur fils ou de leur fille partis à pieds eux aussi vers le Nord. Ce sont des paysans harcelés par l'armée et les paramilitaires de tous gouvernements qui se font tabassés, violés, spoliés de leurs terre, leurs langues, leurs racines, leurs familles et leur peuple.

La comunidad au Mexique, c'est la vie. La vraie vie. Celle où l'on construit, celle où l'on existe, celle où l'on se défend en la défendant, celle où l'on travaille, celle où l'on résiste, celle où l'on aime. Un mexicain peut vivre à des milliers de kilomètres de sa comunidad, il ne la quitte pas. Elle peut être de sang, de cœur, culturelle ou spirituelle et même tout à la fois. Javier Valdez était de la comunidad des poètes en quête de vérité, défenseur de la dignité à tous prix, la comunidad la plus tenace et barje du monde, de ceux qui restent vivre au coeur de l'enfer qu'ils tente de détruire. Au milieu de leurs rêves de justice et d'amour. Parce qu'ils ne peuvent pas faire autre chose. Parce que ce sont des Résistants.

!No al Silencio ! grito el poeta antes de morir

Rendons hommage aux gens qui risquent leur vie par amour de cette vie même, pour que l'Autre cesse d'être étranger à soi même et que demain soit possible.




(1) phrase de Javier Valdez: "Le pire serait qu'on nous empêche de rêver, d'avoir des illusions, de vouloir être meilleurs, d'aspirer à la justice, la paix et de maintenir la dignité. Le pire serait d'arrêter de viser les étoiles. Nous ne pouvons pas le permettre. Peu importe si nous n'en touchons aucune"

martes, 9 de mayo de 2017

L'éclatement du monde

Le soleil brille et l'air est frais pour un mois de mai. La Mer scintille sous le ciel sombre. Le pays est en suspens entre deux tours électoraux. Les gens n'en peuvent plus. On vit le plus grand hold up électoral de la Vème république. Blasés, anxieux avec l'urgence au bide de virer Le Pen. On est fait comme des rats...

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Le soleil se couche sur l'Almanarre et c'est sublime comme toujours. RTBF a donné les résultats avant le ministère de l'Intérieur. Macron est à plus de 62%. On se réjouit de qui perd, pas de qui gagne. Le ciel inonde la Méditerranée. Ca décoiffe.


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On prend la route des coquelicots jusqu'à nos amis de Longo Mai. John Gibler et Annette nous attendent. On était à la présentation du livre de John à Marseille "Rendez les nous vivants". Il est rentré à la Casa Colorada, magnifique. Les collègues étaient là, la table était belle, on a ramené du vin... terriblement mauvais. J'ai été ivre tout l'après midi. Replongée dans l'horreur de la nuit du 26 septembre 2014 à Iguala, assommée. Et en même temps, baignée des énergies révolutionnaires du Manifesten. L'autogestion et la camaraderie à la veille d'une élection présidentielle aussi pourrie, m'a sauvé le coeur et l'esprit. Les gens étaient beaux, chaleureux. On se serrent les coudes un peu malgré nous. A la fin, je vois des anarchistes danse sur "I'm a barbie girl" et je fais tout pour ne pas perdre cette vision de vue.

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Longo Mai

Annette m'a expliqué vaguement comment arriver à la communauté autogérée. Evidemment elle n'a pas de réseau. On s'arrête dans le village voisin, je suis pied nus sur la caillasse, radio Zinzine à fond, la peau léchée par la mer, les cheveux lavés de sel. Le monsieur nous indique très bien: "Après le pont à gauche, au moulin à droite, il faut monter dans la montagne". On monte, la bagnole a du mal. Une meuf près d'un véhicule. Luna, la reine du potager nous accompagne. Le soleil est d'or. Annette fait des lentilles corail. Y'a des hamacs, un amphi, la bâtisse est merveilleuse. Les gens arrivent. Cédric, Yohann! On se connait! La soirée est fabuleuse, les gens sont tous des copains qu'on ne connaissaient pas encore. Les conversations sont pointues, riches et chaleureuses. On regarde ensemble le monde qui s'écroule. Et bizarrement, nous sommes plus forts. Les masques ne tiennent plus, la joie terrasse les inquiétudes. Le vin coule sur les tables à foison. John me sert encore. Il est ivre, moi aussi. Denise a son chapeau de Baja Calfornia. Lourdes rêve avec moi des jardins potagers sur les friches du Carrefour de Madrid. On a vu les fleurs pousser sur la "crise". On a vu la même chose.

J'ai passé des années à vivre seule la violence du système. Du moins nous étions seul.es, isolés, dans le froid, la faim et l'amitié. Et cette nuit, je suis ivre de joie de voir qu'on est là. Qu'on est plein. Et qu'on peut effectivement dire comme Benjamin Fondane que: "Le monde est fini, le voyage commence".


Marseille, la Plaine

Lien du livre de John Gibler sur le site des Collectifs des métiers de l'édition à Toulouse :http://editionscmde.org/livre/rendez-les-nous-vivants