sábado, 24 de noviembre de 2018

L'indignation française


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Dix ans après la dernière crise du capitalisme en date, plusieurs mouvements populaires ont émergé dans les pays occidentaux pour crier leur « ras le bol » aux élites de leurs pays et pour dénoncer les inégalités sociales.

En 2011, le mouvement des Indignés enflammait l'Espagne, inspiré par les révolutions des printemps arabes et par le mode d'organisation des grecs de la place Syntagma. Lancé sur internet par huit jeunes dénonçant le manque d'horizon que leur offrait le futur d'une société jetée à la rue par le surendettement et le chômage, le rassemblement spontané du 15 mai 2011 a donné lieu à des occupations de places de villes pendant trois mois. 8 millions d'espagnols de tous horizons sont sortis dans les rues sur une population de 45 millions d'habitants pour demander qu'une démocratie réelle voit le jour, dénonçant les plans d'ajustements structurels de la Troïka (Banque Centrale Européenne, Commission Européenne et Fonds Monétaire International) et l'accaparement des richesse par une minorité.

L'indignation s'est exprimée sous diverses formes similaires dans les pays du sud de l'Europe et jusqu'au USA (Mouvement Occupy). Des millions de citoyens se sont organisés sans partis politiques ni syndicats et se sont mobilisés pendant des mois, créant de nouveaux modes d'auto-organisation citoyens et pacifistes. Mobilisant l'intelligence et le savoir faire des étudiants, des salariés, des retraités, des femmes au foyer et des chômeurs. Ils ont gagné l'opinion, bien que le système économique et politique n'ait guère tremblé.

Après l'échec de la bataille des syndicats et du mouvement des Nuits Debouts contre la loi travail de 2016, le mouvement des gilets jaunes est inédit en France. Parce que c'est la première bataille citoyenne qui émerge suite à la difficulté de se procurer une matière première que la France ne possède pas.

C'est la première fois qu'on voit des milliers de gens se disant apolitiques s'organiser en masse sans le soutien des centrales syndicales pour leur pouvoir d'achat, contre les taxes et le gouvernement. Dans leur majorité, il s'agit de manifestants qui travaillent et qui s'appauvrissent, qui vivent dans des zones où l'Etat providence disparaît peu à peu. A l'inverse des diverses mouvements des Indignés, le mouvement des gilets jaunes est périurbains et rural. La question de l'injustice fiscale est sur toutes les lèvres. Le sentiment de faire partie des 99% qui subissent l'enrichissement des 1% gagne du terrain.

Ce mouvement génèrera t'il vraiment une conscience de classe ? Ou participera t'il à la fragmentation de la société précarisée? 

En pleine campagne pour les élections européennes, l'appel au blocage des routes le 17 novembre a été surmédiatisé par des chaînes d'information en continue avant même qu'il n'ait lieu; contrairement à d'autres mouvements sociaux autonomes et citoyens qui ne sont pas couverts médiatiquement. L'infiltration et la manipulation du mouvement par l'extrême droite française est évidente. On a vu s'exprimer la colère de certains manifestants sur des « minorités » : actes racistes, homophobes, délation de réfugiés etc... On a vu de sinistres personnages enfiler le gilet jaune et se fondre dans la masse. Ce n'est pas un hasard que Frank Buhler, ex "Debout la France", appelle à manifester à Paris en même temps que la manifestation annuelle contre les violences faîtes aux femmes du 24 novembre. On connaît les positions de l'extrême droite quant à l'émancipation des femmes.

Etant un mouvements très disparate, les revendications sont confuses et peinent à s'articuler. Les manifestants scandent « qu'ils ne veulent plus payer » de taxes et expriment à juste titre leur sentiment d'être méprisés par une élite déconnectée de leurs réalités économiques et sociales. Pour l'instant, les gilets jaunes ne remettent pas en cause les fondements de la société capitaliste et néolibérale en place. Ils expriment de la colère quant à la baisse de leur pouvoir d'achat.


De nombreuses personnes se questionnent quant à leur participation au mouvement sans qu'aucune critique de fond ou revendication collective d'émancipation n'émergent. Que faire de tant d'indignation?

Au delà de la question sociale, le conflit actuel pose la question de la dépendance par rapport à la voiture, de l'autonomie des citoyens et du pays par rapport aux énergies fossiles. Des solutions existent pour refaire vivre les campagnes mais ne sont pas appliquées car elles ne sont pas bénéfiques aux multinationales qui gouvernent les gouvernements. 

A l'heure où nous connaissons une crise écologique sans précédent et que des technologies « propres » voient le jour, comment penser collectivement la transition écologique et la redistribution des richesses? Comment survivre dans un monde néolibéral mondialisé? Comment vaincre l'individualisme qui nous a complètement isolés de nous même et des autres?

Les agriculteurs se suicident en masse, les maladies dues aux pesticides se multiplient, les pics de pollutions atteignent des records dans toutes les villes. Le taux de chômage ne recule pas, les salaires n'augmentent pas et même diminuent pour certains. La reconversion écologique de notre société pourrait être une véritable sortie de secours à « la crise ». La France est un pays très dépendant des autres. On exporte 99% du pétrole qu'on consomme, on ne produisait que 8% de notre alimentation en 2006...

Les gilets jaunes ont bloqué les routes et leurs usagers. C'est un premier cri de détresse. Pour se faire entendre, il faudra aller plus loin que les Champs Elysées. Les urnes sont devenues des trous béants.  Les syndicats en ont l'expérience, il faudra bloquer l'économie: bloquer les ports et les raffineries, boycotter les multinationales. Il faudra se politiser, mettre des mots sur les systèmes d'exploitations, comprendre les rouages du capitalisme. La colère populaire est compréhensible, mais, à qui servira vraiment ce mouvement? Aux pauvres?  

 Les revendications pour plus de pouvoir d'achat individuels ne suffisent pas dans un monde qui s'effrite.








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